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European Space Agency (ESA)

L'industrie Spatiale Mondiale, ses enjeux économiques et sociaux

Enjeux Mondiaux
Une industrie militaire et scientifique
Evolution de 1960 à 2000
Budgets spatiaux et PIB
L'Europe et l'espace
L'emploi spatial
L’industrie spatiale, industrie militaire et scientifique

De même que l’activité nucléaire, l’activité spatiale est un héritage technique de la seconde guerre mondiale. Au cours des dix premières années qui ont suivi les hostilités, ces deux activités ont été exclusivement stimulées par des exigences militaires. L’intérêt pour les applications civiles et scientifiques ne s’est manifesté que par la suite et a accompagné les développements militaires ultérieurs, lorsque la puissance destructrice de la fusée V2 et de la bombe atomique, qui ont progressé toutes deux au cours de ces dix ans, trouvèrent leur point de convergence dans les premiers engins stratégiques à tête nucléaire.

Sur le plan militaire, l’Union soviétique s’est trouvée en retard de plusieurs années par rapport aux Etats-Unis dès le début des années cinquante. Cette situation d’infériorité a poussé l’URSS à mettre au point des engins stratégiques, avant même de disposer de têtes nucléaires.

Sur le plan scientifique, l’intérêt des Etats-Unis pour l’espace s’est manifesté dès 1955 dans le chef du président Eisenhower, en promettant d’appuyer la participation américaine à l’activité scientifique de l’IGY (International Geophysical Year). En plus du lancement de fusées-sondes, il était prévu la mise en orbite d’un petit satellite scientifique. En 1957, la NACA (National Advisory Committee for Aeronautics), qui avait été créée dès 1915 alors que l’armée américaine ne disposait que de 23 avions contre les 3.500 appareils européens, disposait d’un budget de 117 M$ et employait environ 8.000 personnes, mais se consacrait encore essentiellement à l’aéronautique.

Si bien que lorsque le 4 octobre 1957 le succès soviétique du premier Spoutnik amorça l’ère spatiale, il n’existait toujours pas, aux Etats-Unis, de programme spatial unique et planifié. Le succès éclatant que l’industrie spatiale russe rencontre en 1957 donnera aux Etats-Unis le coup de fouet qui leur manquait pour amorcer une véritable politique spatiale. La réaction américaine sera de fait rapide et radicale : le 31 janvier 1958, un vecteur Jupiter met sur orbite le premier satellite américain, l’Explorer I puis le premier Vanguard (premier satellite scientifique) un mois et demi plus tard. Dans le même temps, les Etats-Unis mettront sur pied l’ARPA (Advanced Research Projects Agency) au sein du Department of Defense (DoD) puis la NASA (National Aeronautics and Space Administration), agence exclusivement civile héritant du patrimoine technique de la NACA et de tous les programmes spatiaux civils lancés par les militaires.

Budget NASA en 1959 (M$) - Source: Rapport de la Commission Européenne 1971La NASA est une administration gouvernementale dont l’autonomie de gestion est importante, même si tous les brevets obtenus, tant au sein de l’organisme que dans les entreprises fournisseurs utilisant les ressources de la NASA, demeurent la propriété du gouvernement. Le 1 octobre 1958, un an après le vol du premier Spoutnik, s’amorce l’activité officielle de la NASA. Pour l’année fiscale 1959, elle disposera d’un budget de 305 millions de dollars dont 30% proviennent du bilan NACA, 45% des transferts d’activités civiles du DoD et enfin pour 25% des crédits spécifiques consentis à la NASA.

En Europe, il faudra attendre le début des années soixante pour voir apparaître les premiers embryons de collaboration internationale. Mais cet enfantement sera douloureux. Alors que quelques mois avaient suffi à donner le jour au CERN et à l’EURATOM, concrétisation de la coopération nucléaire européenne, quatre longues années seront nécessaires avant que les intérêts nationaux laissent la place à une collaboration spatiale européenne ferme et déterminée. L’Europe ne se remettra jamais vraiment de son retard. Dans les années cinquante et soixante, l’industrie spatiale en Europe demeurera essentiellement le fait des programmes nationaux appuyés bien souvent individuellement par les Etats-Unis, et dont les enjeux sont la plupart du temps expérimentaux et ponctuels. Il faudra même attendre 1972 et la création de l’ESA (European Space Agency) pour que toutes les nations européennes acceptent unanimement de s’investir en priorité dans les programmes européens.

Dépenses Spatiales par Destination en 1957 (M$) - Source: Rapport de la Commission Européenne 1971Au début des années cinquante, l’industrie spatiale est donc essentiellement militaire et presque exclusivement partagée entre les Etats-Unis et l’Union soviétique. Progressivement, l’Europe tentera de se faire une place dans le paysage spatial mondial et les activités spatiales civiles (commerciales et scientifiques) prendront petit à petit le pas sur les activités militaires.

Nous vous proposons, dans ces pages, de découvrir le parcours hors normes de l’industrie spatiale, aussi exceptionnelle par les enjeux financiers et stratégiques qu’elle draine que par son caractère scientifique passionnant. Notre étude se subdivise en deux parties : la première analyse l’évolution de l’industrie spatiale dans son ensemble, sa concentration, sa répartition géographique et financière. La seconde partie analysera plus particulièrement les différents secteurs de l’industrie spatiale, du marché des satellites et des réseaux mondiaux de télécommunications aux lanceurs de satellites.

© 2004-2006 Nicolas van Zeebroeck